Cocotte, le film du Hongrois György Pálfi, suit avec originalité les mésaventures d’une poule noire déterminée à échapper à la captivité industrielle pour traverser un paysage humain marqué par la violence et l’exploitation. À la manière d’une œuvre anthropomorphique, l’animal devient un témoin silencieux des turpitudes humaines, observant des scènes de brutalité envers les migrants, les migrants eux-mêmes, et une société corrompue, tout comme le fit EO, l’âne d’EO, avec une économie de moyens. Le registre alterne avec habileté l’humour absurde et le drame social, passant du survival épique dans les rues grecques à un huis clos dramatique autour d’une famille trouble et de crimes sombres, parfois au détriment du point de vue initial de la poule. Si certains critiquent un rythme inégal, surtout dans la seconde moitié marquée par des digressions trop longues, ou une absence d’émotions fortes, d’autres soulignent la poésie de la mise en scène, l’innovation du point de vue animalier, ou encore la pertinence des thèmes humanistes. Le film, à mi-chemin entre conte philosophique et cri d’alerte, divise : admiré pour sa témérité et son audace visuelle, il suscite aussi des questionnements sur sa gestion du ton entre la légèreté et la gravité, ou la pertinence d’unir fêtes burlesques à des sujets gravissimes. Reste un projet audacieux et singulier, porté par une technique innovante (huit poules différentes, peu de dialogues) et des paysages évocateurs, qui invite à décaler le regard sur l’existence humaine, même si ses choix narratifs restent parfois contestables.