Le film « Saules aveugles, femme endormie », adaptation en animation des nouvelles d’Haruki Murakami, propose une plongée onirique et poétique dans un univers où les frontières entre rêve, réalité et introspection s’estompent. À travers la fusion de six histoires distinctes – explorant des thèmes comme la solitude, la perte et la quête de soi –, le réalisateur Pierre Földes construit un récit fluide mais parfois énigmatique, où les personnages, désarticulés de leur routine, entrent en contact avec des éléments absurdes, comme une grenouille géante ou des désirs troublants. L’animation, à la fois raffinée et audacieuse, allie une technique réaliste (retranscrivant les expressions des acteurs préalablement en live) à des séquences oniriques hallucinantes et des choix esthétiques inégalés, comme des transparences troublantes ou des paysages métaphoriques. Malgré une certaine discrétion dans les dialogues et une musicalité subtile, le film joue sur l’étrangeté et l’ambiguïté, laissant le spectateur interpréter librement les liens entre les récits. Si les amateurs de Murakami apprécieront cette traduction visuelle de la philosophie mélancolique de l’écrivain, certains critiques notent une inégalité dans les épisodes et une abstraction qui peut rebuter. Cependant, sa beauté réside dans son caractère introspectif, capable de susciter autant de questions que de réponses, et d’offrir une expérience immersive où l’esthétique, la poésie et la fragilité humaine se mêlent en un tout contemplatif, pour qui sait se laisser porter sans chercher à tout comprendre.