Tereza Nvotová explore avec Father une thématique hautement sensible, celle du syndrome de l’enfant oublié, en s’attachant à l’effondrement émotionnel et relationnel d’un couple après un drame. La réalisatrice opte pour une mise en scène immersive, marquée par de longs plans-séquences qui plongent le spectateur au cœur de la routine oppressante et de la détresse des personnages, renforcée par une bande sonore anxiogène. Son traitement nuancé évite le jugement moralisateur, préférant filmer l’intimité des sentiments et les failles humaines sans excès dramatique, grâce à une interprétation subtile de Milan Ondrík, dont la retenue exprime la culpabilité et la sidération. Si certains soulignent l’audace formelle et la justesse du traitement psychologique, d’autres critiquent une structure linéaire et des enjeux secondaires (comme le procès) jugés faibles, ou un formalisme parfois envahissant. La caméra, toujours proche des protagonistes, renforce l’immersion mais peut parfois manquer de recul, ce qui ébranle certains spectateurs sans pour autant leur inspirer de l’empathie. Loin du voyeurisme, Father s’inscrit comme une œuvre sobre et réfléchie, oscillant entre force émotionnelle et prudence technique, tout en soulevant des interrogations universelles sur la fragilité de l’esprit humain face à des épreuves qui défient le sens commun et l’esthétique classique du cinéma dramatique.