Au bord du monde offre une immersion réaliste et sensible au quotidien d’une jeune infirmière stagiaire, Alexia, confrontée aux réalités complexes d’un service psychiatrique. À travers son parcours, le film explore les tensions entre distance professionnelle et empathie, soulignant la fragilité des patientes comme Mila, tout en mettant en lumière les conditions déshumanisantes du système et les efforts limités des soignants. Porté par une interprétation puissante de Mara Taquin, le récit évite le pathos et la caricature, préférant poser des questions sans apporter de réponses simplistes. Une réalisation sobre, marquée par des plans-séquences étouffants et une composition discrète des acteurs, renforce l’intensité de la narration. Bien qu’élogié pour sa justesse humaine et son travail de terrain, le film reste parfois critiqué pour sa prudence dramaturgique, évitant un dénouement tranchant. Les réalisatrices Sophie Muselle et Guérin van de Vorst, inspirées par une expérience personnelle et un projet théâtral, offrent un témoignage poignant sur les fractures sociales et les limites du soin mental, sans jamais tomber dans le militantisme. Leur collaboration réussie capture une ambiance institutionnelle ambiguë où la violence morale et le désir d’engagement se heurtent dans un espace suspendu entre confinement et humanité.