Le dernier film de László Nemes, "Orphan", présente une mise en scène virtuose et une beauté crépusculaire qui évoque la Hongrie de 1957, aux lendemains de la révolte matée par les chars soviétiques. Le récit, certes exigeant et austère, dévoile ses richesses dans un dénouement d'anthologie. Le cadre, Budapest 1957, s'impose par sa beauté, tandis que la mise en scène somptueuse évite tout esthétisme tape-à-l'œil. Le film bascule avec l'arrivée d'un personnage inquiétant, joué par Grégory Gadebois, qui laisse augurer d'un drame à venir. La longueur du film, qui s'étire sur plus de deux heures, peut être un frein à son impact, mais la précision du cadre, la texture de l'image et la manière de coller aux corps tout en refusant de les livrer pleinement créent une sensation presque physique d'enfermement. Malgré quelques réserves sur le scénario et le développement des personnages, le film est une démonstration de la maîtrise totale de la mise en scène de László Nemes, qui parvient à rendre compte de la complexité de l'histoire et des personnages. Le film est "difficile" mais ne peut laisser indifférent, et sa beauté esthétique et dramatique est indéniable.