Gaya Jiji signe avec L'Étrangère un film poignant sur le parcours d'une Syrienne réfugiée en France, explorant les thèmes de l'exil, de l'identité et de la résilience face à des obstacles administratifs et affectifs. À travers le destin de Selma, interprétée avec intensité par Zar Amir Ebrahimi, la réalisatrice trace le portrait d'une femme confrontée à la solitude, la mémoire de ce qu'elle a laissé derrière elle et les choix complexes d'une nouvelle vie. Le récit, construit sur des ellipses qui renforcent sa tension narrative, mêle subtilité et pudeur dans la description de ses émotions et de sa dignité malgré les difficultés rencontrées. La relation entre Selma et un avocat bordelais (Alexis Manenti), marquée par des silences et des silhouettes émouvantes, suscite des critiques variées : certains soulignent sa fragilité ou l'improbabilité de la dynamique amoureuse, tandis que d'autres soulignent la justesse de l'interprétation. Le scénario, inspiré des expériences personnelles de Jiji, évite les a priori et les caricatures, prenant en compte les nuances des personnages secondaires. Toutefois, certains jugent que l'intrigue sentimentale, parfois manquant de naturel, et les longueurs du troisième acte atténuent l'impact global. Pourtant, la force du film réside dans sa poésie des échanges (dialogues, regards, silences), dans la justesse des acteurs et dans une réflexion discrète sur les mécanismes d'assimilation et l'altérité. Comparé à des œuvres similaires comme L'histoire de Souleymane de Boris Lojkine, L'Étrangère est perçu comme moins percutant dans la construction dramatique, mais empreint d'une délicatesse et d'une humanité qui marquent la sensibilité du spectateur.