La fille aux allumettes, un drame douloureux réalisé par Aki Kaurismäki, clôture de manière admirable la trilogie prolétarienne entamée avec Ariel et Ombres au paradis. Ce film, inspiré du conte d'Andersen, brosse un portrait très sombre des exclus de la société à travers le destin tragique d'Iris, une ouvrière exploitée par ses proches et abusée par un amant. Le cinéaste finlandais impose son style unique, caractérisé par une photographie Froide et expressionniste, des décors austères, et une narration sobre. Les personnages, tous plus négatifs les uns que les autres, sont campés avec une grande justesse, notamment Kati Outinen qui incarne Iris avec une grande intensité. Le film, quoique très court, est dense et concentre tout l'essentiel, sans temps morts ni dialogues superflus, pour dénoncer la solitude et le manque d'amour qui peuvent conduire à la vengeance et à la tragédie. La mise en scène, rigoureuse et libre, nous plonge dans un univers laborieux et désespéré, où les seules lueurs d'espoir viennent de la beauté formelle et de la justesse du propos. Ce film, qui peut être vu comme un manifeste du style de Kaurismäki, est indiscutablement un grand film, presque muet, où la musique et les silences sont utilisés avec une grande efficacité pour traduire les émotions intérieures du personnage principal.