Peter Watkins "Edvard Munch" est unanimement salué comme un sommet du cinéma sur l'art et le processus créatif, comparé dans une veine complémentaire à «Le Mystère Picasso» de Clouzot. Son approche audacieuse, délibérément subjective et expérimentale, refuse les conventions biographiques pour explorer les motivations internes de l'artiste, mêlant montage fragmenté, voix-off, interviews fictives et récits en temps réels ou fragmentés. Le réalisateur, comme le souligne Bergman, parvient à transmettre avec une rare intensité les émotions et tourments qui guident Munch, grâce à une banda-son travaillée et une esthétique visuelle cohérente avec l'esprit du peintre. Cependant, cette œuvre exigeante, déroutante par sa structure et sa longue durée (jusqu'à 3h30), repousse les spectateurs en recherche de spectacle, privilégiant la réflexion profonde sur l'art et le statut de l'artiste. Bien que la calme interprétation du protagoniste contraste avec sa nature profondément tourmentée, l'acteur incarne physiquement Munch de manière troublante, renforçant la véracité documentaire. En mélangeant fiction, histoire sociopolitique et méditations sur la créativité, le film dépasse la biographie pour devenir une œuvre autonome, aussi ambitieuse que l'artiste lui-même, défiant les jugements et invitant l'audience à interagir à travers des techniques narratives déroutantes. Son exigence intellectuelle et esthétique en fait un chef-d'œuvre impératif pour les amateurs d'art, malgré sa dureté d'accès.