Backrooms, premier long métrage réalisé par Kane Parsons à 20 ans, transpose au cinéma les mythologies internet du même nom, explorant un espace ésotérique, labyrinthique et flou entre réalité et psyché. Inspiré de vidéos YouTube et d’un mythe urbain né sur les forums, le film bâtit avec maîtrise une atmosphère oppressante, où les salles infinies tapissées de tapis jaunes et éclairées par des néons deviennent des métaphores du labyrinthe intérieur, des souvenirs déformés et des traumatismes. La conception visuelle, sobre mais troublante, joue sur le minimalisme et les perspectives déformantes pour distiller une peur diffuse, évoquant à la fois les univers de Lynch, les films d’horreur found footage et les mondes oniriques de Dali, sans forcer les effets de peur. La narration, cependant, reste ambiguë : elle invite à des interprétations multiples, brouillant les frontières entre les mondes et les personnalités des protagonistes (notamment leur relation thérapeutique), tout en laissant planer des questions sur la genèse des Backrooms et leur fonction. Si certains scénarios apprécients sa profondeur poétique, sa scénographie immersive et sa capacité à résonner en chacun, d’autres soulignent un rythme parfois lourd, un scénario peu abouti et des dialogues manquant de subtilité. Les performances, élogiées pour leur justesse, ou critiquées pour leur absence d’émotion, n’y corrigent pas les incohérences narratives. Entre réussite formelle et impasses, Backrooms incarne un pari audacieux mais incomplet, alliant talent émergent et influences réfléchies à un récit qu’on tient à commenter, bien après la projection.