L’Être aimé, dernier opus de Rodrigo Sorogoyen en compétition à Cannes 2026, explore la tension entre un réalisateur célèbre et sa fille retrouvée après treize ans d’absence, tournant autour du tournage d’un film symbolique. Sorogoyen, avec sa sensibilité habituelle pour les relations familiales et les silences pesants, construit un drame intime, où les dialogues sèchent pour laisser place aux regards et aux gestes chargés d’histoire. Javier Bardem incarne un père exigeant, complexe et faille humainement, face à une Victoria Luengo remarquable, incarnant à merveille les contradictions entre désir de rapprochement et résignation. La mise en scène joue sur l’alternance de couleurs, de noir et blanc et de variations sonores, amplifiant les émotions, mais certains épisodes paraissent manquer de cohérence ou de nécessité. Les thèmes de la paternité toxique, de la création artistique comme exutoire ou refuge, sont abordés avec nuance, sans réconciliations faciles. Si certains trouvent dans le film une puissance émotionnelle bouleversante et une direction d’acteurs exceptionnelle, d’autres soulignent un rythme parfois lourd, une structure parfois confuse et une fin abrupte, rappelant les débats autour de « Valeur sentimentale ». Reste une œuvre divisant, mais indéniablement marquée par le talent des réalisateurs et une exploration audacieuse de l’intimité.